Charles Swann : la première rencontre
- Alexandre Lati
- 9 févr.
- 2 min de lecture

Pouvez-vous imaginer que ce voisin de campagne à l’élégance simple, qui rend visite à votre famille, muni d’une simple corbeille à fruits en guise de présent, est un habitué des plus brillants salons parisiens ?
Non. D’abord, parce que vous êtes un enfant, et que du haut vos quatre ans, ces questions ne vous touchent pas. Qu’à cet âge, la seule chose qui vous désespère, c’est qu’à chaque fois qu’il vient chez vous, lors de ces soirs d’été, vous savez déjà que votre mère ne vous couchera pas, et que votre père vous fera une scène terrible, parce que vous n’aurez pas réussi à dormir.
Et puis, si vous étiez adulte, assis dans le jardin à ses côtés, vous ne le sauriez pas non plus. Vous ne le sauriez pas, tout simplement parce qu’il n’en parle pas. Qu’ il n’en fait pas étalage. Qu’Il ne s’en vante pas : il est juste venu en ami de la famille. Et si on vous l’affirmait, peut-être même que vous n’y croiriez pas : parce qu’il se comporte trop simplement ! Et pourtant… S’il peut vous rendre service en intercédant auprès de telle ou telle personnalité haut placée de son carnet d’adresse, (et Dieu sait qu’il est bien fourni !) il vous aidera volontiers, sans rien attendre en retour, d’ailleurs.
Voilà votre première rencontre avec l’élégant Charles Swann : elle remonte à votre petite enfance et elle vous a laissé un souvenir stressant. Plus tard, vous apprendrez que ce grand séducteur à l’esprit raffiné, etait tombé atrocement amoureux d’une femme vulgaire et, disons-le, un peu bête. Vous-même, vous tomberez amoureux, entre autres, de sa fille. Puis d’une autre. C’est lui encore, qui, avec bienveillance, vous ouvrira par la suite, les portes d’un monde qui vous faisait rêver - peut-être à tort. Enfin, des années plus tard, alors que vous traverserez votre plus grand amour, vous lui trouverez des ressemblances cruelles avec celui qu’il aura lui-même éprouvé dans sa jeunesse…
De tout cela, il sera question plus tard.

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